Le balbuzard pêcheur, un rapace au sommet…

Par Julie Rédactrice animatrice du blog
Le balbuzard-pêcheur niche au sommet des grands arbres, sur les hautes falaires, plus rarement sur des pylônes

Le balbuzard pêcheur ©Rolf Wahl

En 1985, le balbuzard pêcheur est spontanément venu se réinstaller en forêt d’Orléans. René Rosoux, Directeur Scientifique du Muséum des Sciences Naturelles d’Orléans, brosse le portrait de ce rapace prestigieux et rare. Il commente aussi le programme de conservation, mis en place avec RTE, pour le préserver.

Balbuzard-pecheur_piscivore_blog6Au-delà des lignes : quelle est l’importance du balbuzard pêcheur ?
René Rosoux : Alors qu’il ne nichait plus en France depuis le début du 20ème siècle, le balbuzard pêcheur, rapace migrateur, y est spontanément revenu en 1985. Il niche principalement en région Centre et sur l’île de Beauté.
Comme tous les rapaces, il est protégé par la loi, et de plus fait l’objet d’un Plan National de Restauration piloté par le Ministère de l’Environnement. En France, la population nicheuse de balbuzards pêcheurs est estimée à une cinquantaine de couples, dont une moitié dans la vallée de la Loire. Se nourrissant exclusivement de poissons, qu’il repère et pêche en vol, le balbuzard est un indicateur de biodiversité et de la bonne santé des milieux aquatiques.

Adl : Comment vivent-ils ?
RR : Les balbuzards sont des rapaces singuliers. Tandis qu’en Corse, ils sont plutôt sédentaires, dans le Centre, ce sont des oiseaux migrateurs. En juillet-août, ils repartent dans la péninsule ibérique ou en Afrique pour revenir chaque printemps, sur leur lieu de naissance. Ainsi la région Centre est responsable de ce patrimoine vivant, l’objectif est de développer progressivement cette petite population fondatrice.

Adl : Que convient-il de faire pour le protéger ?
Quand une espèce revient spontanément s’installer dans une région, il faut laisser faire la nature, tout en surveillant l’espèce de très près. Ainsi les partenaires du plan de restauration installent parfois des plate-formes en bois au sommet des grands arbres, en forêt d’Orléans, de Chambord ou en Sologne. Cette initiative favorise la nidification de l’espèce dans des habitats favorables.
Pour surveiller l’évolution de la population, un spécialiste du Muséum national, Rolf Wahl, bague tous les jeunes avant leur envol. Quand le nid se situe au sommet d’un pin ou d’un chêne, le bagueur accède facilement au nid pour baguer les poussins. Mais lorsque le nid est installé au sommet d’un pylône, c’est un « lignard » de RTE (seul spécialiste habilité à escalader les ouvrages en toute sécurité), qui se charge de descendre les poussins dans une corbeille, puis les remonte une fois bagués.

Adl : Comment expliquez-vous que les balbuzards nichent parfois sur des pylônes ?
Les balbuzards installent habituellement leur nid sur des grands arbres dominants ou sur des hautes falaises. Ils recherchent avant tout des supports en hauteur pour installer leur aire, quelle que soit leur nature… et les pylônes (trois d’entre eux en région Centre) se sont aussi révélés des lieux propices à la nidification.

Une corbeille artificielle, support de nid sécurisé sur les pylônes

Adl : Vous travaillez avec RTE pour transférer ces nids de balbuzards pêcheurs sur des « corbeilles » artificielles, posées sur les pylônes électriques. Pourquoi ?
Comme les plateformes en forêt, ces corbeilles constituent des supports de nid stables et sécurisés. En effet, les risques sont évidents pour un balbuzard pêcheur qui a élu domicile sur un pylône. Il pourrait percuter un câble ou être électrocuté. Par ailleurs, en cas de chute de branches, il y a aussi un risque de coupure électrique. L’objectif est de réinstaller une ébauche de nid dans la corbeille à proximité, sur le même pylône, pour éviter tout risque.

Adl : Cette opération est-elle exceptionnelle ?
En général, les aires de rapaces sont protégés au même titre que les oiseaux, et ne peuvent être détruites. Dans ce cas exceptionnel, le Ministère de l’Environnement a autorisé le déplacement des nids sur trois sites différents en région Centre. C’est donc avec l’approbation des scientifiques et les autorisations requises, que RTE a procédé au transfert des nids dans des corbeilles spécialement conçues pour l’espèce. Cette technique est déjà éprouvée, elle connaît un certain succès en Europe de l’Est.

Ces corbeilles sur les pylônes constituent des supports de nid stables et sécurisés.

Ces corbeilles sur les pylônes constituent des supports de nid stables et sécurisés.

Adl : Quel premier bilan faites-vous de votre collaboration avec RTE ?
Nous travaillons avec tous les partenaires du plan de restauration, scientifiques, naturalistes, ornithologues et aujourd’hui RTE. Ensemble, nous avons mis en œuvre des mesures de protection et des opérations de génie écologique pour favoriser la reproduction du balbuzard en région Centre. Or l’effectif de balbuzards augmente chaque année, de même que le nombre de nids. Ce sont des preuves d’efficacité de notre action.

Notre collaboration entre experts scientifiques et du transport de l’électricité évolue ainsi dans le bon sens. C’est cette coopération entre entreprises, naturalistes et scientifiques qui permet de mettre en œuvre des opérations aussi complexes. Garantes de la conservation d’une espèce rare et de l’aménagement bien compris du territoire.

Balbuzard-pecheur_blog1

©Gilles Perrodin

Balbuzard-pecheur_blog1bis

©Gilles Perrodin

En savoir plus :


A propos :
Référence en région Centre sur la biodiversité, le Muséum d’Orléans recèle des spécimens naturalisés et des collections vivantes sur la faune et la flore régionale, mais aussi des collections du monde entier. Ce Musée est chargé de la mise en œuvre du plan Biodiversité de la ville d’Orléans. Parmi les projets de celui-ci, la sensibilisation à la protection du balbuzard pêcheur.


Partager l'information :
 

7 commentaires pour “Le balbuzard pêcheur, un rapace au sommet…”

  1. tecnicien de l’environnement ONCFS 23: Observation d’un balbusard pêcheur en Creuse sur la commune de Saint Germain Beaupré 23160 au dessus du lieu dit le Moulin du Bois lundi 11 mai 2010.

    [Répondre]

    Merci de votre observation !
    Julie

  2. bonsoir monsieur
    je veux votre aide, j’ai envoye une bague d’un balbuzard trouve mort dans un filet de peche au Cameroun, et il a ete expedier au MNHN de Paris
    le numero de la bague etait M-53771 retour de la bague au meseum zool de la finlande helsinki
    j’ai bessoin de votre aide pour me mettre en contact avec un responsable de ce meseum zool. trot de mails de ma part mais ils ne repondent pas. Consiel que pourrai-je attendre de cette bague.

    [Répondre]

    Bonjour Isidoree, nous avons reçu quelques informations du Museum Finlandais d’Histoire Naturelle. L’oisillon dont vous parlez est un balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), bagué M-53771 le 19 juillet 2006 à Kerimäki, en Finlande, par Pertti Koskimies. Le museum confirme sa mort en date du 1er février 2008 au Cameroun, à 6402 km de son lieu de baguage.

    julie

  3. Apparamment ni le champ électrique ni le champ magnétique pourtant tous deux élevés en haut des pylones ne gènent les balbuzards.
    Comme ceux-ci s’installent sans contraintes sur ces hauteurs c’est une preuve de l’innocuité de ces champs sur la faune.
    On peut faire le même constat dans les postes à air dans le sol desquels logent de nombreux lapins.
    L’observation de la nature nous apporte des informations précieuses.

    [Répondre]

  4. le 31 12 2011
    je voulais vous signaler avoir observé un balbuzard sur le bord de mon étang. Ii était en train de manger un poisson (une tanche) et n’a décollé que quand je suis arrivé à environ deux mètres de lui.
    Je suis en Bretagne et il me semble que ce rapace n’est pas un habitué de la région.

    [Répondre]

    bonjour, et bonne année !
    merci de cette information concernant le balbuzard, nous recherchons un contact d’ornithologue local pour lui transmettre l’information.
    A bientôt,
    julie

Laissez un commentaire

Les commentaires sont visibles après validation. Quant au contenu des commentaires (véracité, objectivité ...), il n'engage que leur auteur.

> Respectez la charte des commentaires

Copyright © 2009 - RTE - Contact - Mentions légales