« Bâtir une europe de l’électricité à même de relever tous ses défis »
Quelles sont les initiatives européennes en matière d’énergie ? Quelle place pour les infrastructures électriques en Europe ? Autant de questions auxquelles le nouveau commissaire européen à l’Énergie, Günther Oettinger, nous répond.
Au-delà des lignes : La Commission européenne a adopté, le 31 mars dernier, son programme de travail pour 2010. Pouvez-vous, en détailler les initiatives importantes dans le domaine de l’énergie ?
Günther Oettinger : En matière d’énergie, notre priorité est de continuer à garantir l’accès à un approvisionnement sûr et durable aux citoyens et aux entreprises européens, et cela à des prix abordables. Parmi nos initiatives stratégiques majeures pour 2010 –ou pour le début 2011 au plus tard–, il y a d’abord l’adoption d’une communication sur les infrastructures énergétiques, qui examinera les nécessités de développement de celles-ci à l’horizon 2020-2030.
Nous avons également décidé d’élaborer, d’ici à 2020, une nouvelle stratégie en matière de politique énergétique. Un document d’étape, énonçant les divers domaines d’action possibles et les enjeux des dix années à venir, vient d’ailleurs d’être publié sur le site de la Commission. Tous les acteurs intéressés sont invités à faire valoir leur point de vue durant cette large consultation, dont les résultats seront présentés lors d’une conférence fin septembre.
Adl : Et pour le développement des énergies renouvelables?
G. O. : L’une de nos initiatives majeures sera d’élaborer une feuille de route pour un système énergétique à faible teneur en carbone à l’horizon 2050, qui déterminera différents scenarii possibles et prendra également en compte les objectifs de compétitivité et de sécurité d’approvisionnement. Un nouveau cadre d’actions en matière d’efficacité énergétique doit être adopté cette année, reprenant et révisant les mesures en cours afin de réaliser 20% d’économies d’énergie d’ici 2020, notamment dans les secteurs du bâtiment, des services et des transports.
Adl. : Quelle est la place réservée aux infrastructures électriques dans le budget européen?
G. O. : Aujourd’hui, plus que jamais, les infrastructures énergétiques, notamment dans le secteur de l’électricité, sont au coeur des objectifs énergétiques et climatiques ambitieux défendus et réaffirmés par la Commission. En Europe, ces infrastructures sont pour l’essentiel financées par le secteur privé, au moyen des tarifs imputés aux utilisateurs. L’Union européenne a cependant développé un certain nombre d’instruments destinés à soutenir le développement d’infrastructures propres à assurer croissance et sécurité d’approvisionnement en énergie.
Adl. Par exemple ?
G. O. : Le programme de financement des réseaux transeuropéens d’énergie (RTEE), mis en place dans les années 1990, dispose d’une enveloppe annuelle d’environ 22M€ pour la période 2007-2013. Sur cette période, un soutien à hauteur de 70M€ a été alloué dans les secteurs gaz et électricité confondus, dont 58% à des projets de transport d’électricité. Les projets d’infrastructures énergétiques bénéficient également d’une priorité accrue dans la mise en oeuvre des Fonds structurels, avec près de 700M€ dédiés aux projets RTE-E (gaz et électricité confondus). La Commission est aussi active en dehors de l’Union, grâce notamment à l’Instrument européen de voisinage et de partenariat. Enfin, la Banque européenne d’investissement joue un rôle important dans la réalisation de projets d’infrastructures énergétiques. Entre 2007 et 2009, elle a ainsi alloué plus de 2,5 Md€ à des projets de transport d’électricité. En 2009, pour la première fois, l’Union a, de plus, décidé d’allouer respectivement 915 et 565M€ à des projets de transport d’électricité et d’énergie éolienne, montants sans précédents dans les politiques européennes de soutien à ce type d’infrastructures. Des investissements massifs seront en effet nécessaires dans les années à venir, notamment dans le secteur de l’électricité, afin d’atteindre nos objectifs. Car le marché seul ne pourra pas les absorber.
Adl. : Et à plus long terme?
G. O. : D’ici à la fin de l’année, la Commission examinera, dans un « paquet » dédié aux infrastructures énergétiques, les priorités pour leur développement à l’horizon 2020-2030. Ce paquet sera suivi, au printemps 2011, par une proposition législative pour un nouvel instrument baptisé « Infrastructure et sécuri té énergétique européenne ». La Commission analysera les problèmes posés et les déficiences de l’instrument RTE-E existant. Le champ d’application du nouvel instrument pourrait être étendu aux technologies innovantes, comme le stockage d’électricité, et aux réseaux intelligents. Si la situation l’exige, la Commission pourra proposer une augmentation des fonds européens dédiés aux infrastructures énergétiques.
Adl. : La Commission plaide pour la mise en place d’un réseau électrique interconnecté intelligent. Cela nécessite des transformations technologiques fondamentales qui passent par un programme coordonné sur le plan de la recherche et de la réglementation. Quelles seront les initiatives de la Commission dans ce domaine ?
G. O. : Avec les réseaux intelligents, ou « smart grids », on touche à un sujet essentiel pour l’avenir. Nous avons décidé, au niveau européen, d’aller dans le sens d’une société bas-carbone. Cela passera notamment par la mise en oeuvre de notre plan stratégique des technologies énergétiques, le SET-Plan, qui vise à mettre en place des initiatives technologiques de grande envergure pour limiter les émissions. Au niveau de l’Union, nous estimons que nous devons tous ensemble –Commission, États, industriels– investir 8 Md€ par an en R&D pour le développement de ces techniques. Dans ce cadre général, nous avons besoin de développer des réseaux intelligents qui constitueront un moteur pour le développement des économies d’énergie, de l’innovation et des énergies renouvelables. Afin de préparer ce mouvement au niveau continental, la Commission européenne a créé un groupe de travail avec les principales associations des parties prenantes de niveau européen pour faire avancer le sujet. Les initiatives à venir seront donc prises sur la base des conclusions de ce groupe de travail, que nous attendons pour cet été. Je souhaite, dans la mesure du possible, que nous nous mettions d’accord sur une feuille de route concrète d’ici à l’année prochaine.
Adl. : Quel rôle joue la France dans la perspective de la mise en place du marché intérieur de l’électricité?
G. O. : Un rôle fondamental. De par sa position géographique au sein de l’Union, grâce à la densité et à la qualité de ses installations énergétiques, elle est et restera un acteur majeur du marché européen à venir. Ces dernières années, la France a fait évoluer son secteur énergétique afin de contribuer à l’émergence du marché européen. Mais il reste beaucoup à faire si l’on pense, par exemple, aux interconnexions, à la finalisation du dégroupage ou encore à l’intégration des énergies renouvelables sur les réseaux.
Chaque acteur du secteur électrique français peut contribuer à la mise en place du marché européen par des décisions d’investissement guidées par l’intérêt général européen, par un travail conjoint avec les autres acteurs européens, par la transparence… D’ailleurs, le 19 mai dernier, treize gestionnaires de réseau de transport de dix États européens, parmi lesquels RTE, ont signé un protocole d’accord visant justement à mieux se coordonner. Il existe de nombreux exemples, à des stades plus ou moins avancés, de la coopération que la Commission souhaite promouvoir à l’échelle de l’Union. Ainsi, le projet de couplage de marché pour la zone d’Europe Centre-Ouest, ou encore les initiatives de la région Nord, qui s’étend de la Baltique à l’Allemagne, apparaissent comme des exemples d’intégration réussie, qui seraient susceptibles d’inspirer d’autres ensembles afin d’avancer vers notre objectif politique d’un marché unique de l’énergie. C’est bien par cette coopération que nous réussirons à bâtir une Europe de l’électricité à même de relever tous ses défis : sécurité d’approvisionnement, limitation du CO2, énergies renouvelables, efficacité énergétique, innovation, investissements, compétitivité et solidarité.
En savoir plus sur l’Europe de l’énergie :
- Une Europe sobre en carbone, video interview de European Climate Founation
- 10 états de l’Union européenne se rassemblent pour un projet ambitieux sur l’éolien
- Pourquoi l’Europe de l’électricité ? Le point de RTE depuis Bruxelles
- La maison commune des réseaux électriques en Europe
- Coopération des réseaux de transport d’électricité en Europe : efficacité prouvée !




Chargement








Laissez un commentaire
Les commentaires sont visibles après validation. Quant au contenu des commentaires (véracité, objectivité ...), il n'engage que leur auteur.
> Respectez la charte des commentairesCommenter pour enrichir
Vous êtes invités à proposer vos commentaires de façon constructive et enrichissante : partagez vos arguments, témoignez de votre expérience ...
Etre cohérent avec le sujetVos commentaires doivent porter sur le sujet de l'article que vous choisissez de commenter. Ne pas les répéter plusieurs fois.
Respecter les contributeursPour assurer la qualité des échanges, les commentaires doivent rester respectueux et courtois. Attaques ou revendications personnelles, invectives ou grossièretés sont proscrites.
Eviter les contenus illicitesTout commentaire allant à l'encontre des lois et réglementations françaises en vigueur ne sera pas publié.
Laïcité et neutralité politique sont notamment requises, les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux ne seront pas publiés. De même pour les messages à caractère promotionnel ou violant le droit à la propriété intellectuelle.
Préserver l'anonymat des contributeursPour veiller au respect de tous les contributeurs, dans vos messages, ne divulguer aucune information permettant l'identification nominative et précise de membres de la communauté du blog, ou de vous-même.
Les administrateurs se réservent le droit, sans préavis, de ne pas publier les commentaires ne respectant pas ces conditions.