La biodiversité près de chez soi, c’est quoi ?

Invité : Julien Birard naturaliste, association Natureparif
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© Observatoire Départemental de la Biodiversité Urbaine du Conseil Général 93

Près de chez soi, dans les villes et les jardins, la biodiversité se développe. Parfois, on ne la voit pas. Parfois, on ne soupçonne pas la richesse de la nature lorsqu’elle est en friche, ou lorsqu’elle vit sous les lignes électriques THT… 
A contre-pied des idées reçues, Julien Birard, naturaliste pour l’association Natureparif, nous fait découvrir les coulisses de la nature francilienne.

Au-delà des lignes : Comment décrivez-vous la biodiversité en Ile-de-France ?

Julien Birard natureparif naturalisteJulien Birard : Beaucoup considère que la région Ile-de-France est un environnement dégradé et très urbanisé. Effectivement, d’après les études, en milieu comparable, ce sont souvent moins d’espèces et moins d’individus par espèce qui vivent en région francilienne par rapport au reste de la France. L’Ile-de-France est petite, très peuplée et les pratiques agricoles y sont intensives.
Pour éviter l’érosion de la biodiversité, c’est important de privilégier une gestion différenciée des espaces pour offrir une multiplicité d’habitats et d’espèces naturelles. Cette variété est d’autant plus importante qu’elle crée aussi les zones de déplacement des espèces. Celles-ci sont indispensables à une plante ou à un animal, qui ne s’épanouira pas « sous cloche ».

Par exemple : reconstituer des haies en milieu agricole apporte de la variété aux immenses parcelles de monoculture. Ces lisières, faites d’arbustes, de ronces et d’herbes folles… servent de refuge et de passage à bon nombre d’insectes, d’oiseaux, de reptiles ou de petits mammifères…
LIGNES-foret-ile-de-france-2Autre exemple : les espaces sous les lignes électriques THT peuvent servir à restaurer les milieux ouverts, non agricoles, qui ne représentent que 3% du territoire francilien. Ces espaces de friche, de jachère, de prairies, de zones en herbe sont essentiels…  Leur richesse en biodiversité est incomparable à celle des parcelles de culture agricole ou des pelouses rases domestiquées !

Le saviez-vous ? Dédier un espace à la nature folle, ce n’est pas du laisser-aller, ce n’est pas sale. Au contraire, ça fait vivre beaucoup de plantes, d’oiseaux, d’escargots ou de papillons ! Laisser faire la nature, c’est lui permettre de s’épanouir un peu plus.

Il faut le dire aussi : exploiter l’existant, c’est-à-dire utiliser les espaces verts aux abords de certaines infrastructures linéaires déjà construites, est plus rapide à mettre en œuvre que de créer de toutes pièces des espaces dédiés à la biodiversité.

Au-delà des lignes :Et en ville ?

Julien Birard : La ville, qui représente actuellement 20% de l’Ile-de-France, continue à grignoter du terrain. Pour autant, arrêtons de penser qu’il y a la ville d’un côté et la nature de l’autre !

faucon-Pelerin-oiseaux-biodiversite ile de france villesLe milieu urbain peut être considéré comme un écosystème à part entière. Pour preuve, certaines espèces s’observent essentiellement dans les milieux bâtis, et s’épanouissent en ville ! Exemple avec le Faucon Pèlerin, une espèce menacée.  Sur les 5 ou 6 couples nicheurs que compte la région Ile-de-France, 3 sont spontanément venus s’installer autour de Paris (Ivry, 15ème arrondissement, La Défense). Ils ont établis leurs nids sur de très hauts bâtiments pour se protéger d’éventuels prédateurs. En plus, ils chassent les pigeons, source de nourriture intarissable en ville.

Par ailleurs, pour diversifier faune et flore urbaine, il est essentiel de redonner à la ville des coins de verdure. Jardins publics mais aussi balcons, terrasses et jardins privés sont cruciaux.

Chacun peut participer au développement naturel de sa ville. En installant des nichoirs ou des hôtels à insectes sur son balcon, en réservant un espace en friche au fond de son jardin, ou en évitant les traitements chimiques. Toutes ces pratiques peuvent nettement favoriser la vie sauvage !

Au-delà des lignes : Qu’en est-il précisément du rôle de chacun pour la biodiversité ?

Julien Birard : La biodiversité, ce n’est pas que les ours polaires et les baleines, c’est aussi la nature près de chez soi. Personne ne le refuse mais beaucoup y sont encore indifférents. Or ce sont les habitants d’un territoire qui, en premier lieu, peuvent œuvrer en faveur de la biodiversité.

Notre challenge, en tant que naturalistes : montrer à tous que, tout près de chez soi, il y a TOUJOURS des choses à voir et à protéger.

Nous expliquons aussi que TOUT est lié ! Les plantes et les animaux nous rendent de nombreux services*, et se rendent aussi des services entre eux. Agir en faveur de l’un, c’est participer à la dynamique de tous. Aussi, les petits gestes qui protègent la biodiversité ne sont jamais anecdotiques. Chaque action contribue à enrichir la biodiversité près de chez soi. Elle permet aussi d’installer une relation durable et personnelle avec la nature. L’homme vit dans la nature, il n’est pas « à côté ».

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© Observatoire Départemental de la Biodiversité Urbaine du Conseil Général 93

A propos de Natureparif : Innovante, Natureparif est la première agence en Europe, qui s’intéresse à la biodiversité à un niveau régional, en l’occurrence celui de l’Ile de France.
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* Les plantes et les animaux rendent de nombreux services, indispensables à notre quotidien : alimentation, médicaments et industrie pharmaceutique, stockage de carbone, approvisionnement en diverses ressources, régulation du cycle de l’eau, maintien et recyclage des sols…

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