Coupes claires dans les broussailles pour mieux prévenir les incendies de forêt

Par Julie Rédactrice animatrice du blog


Dans les forêts méridionales, les hectares incendiés diminuent depuis plusieurs années. Les actions de prévention des incendies contribuent à ce résultat. Et parmi elles, le débroussaillement dans les massifs forestiers et sous les lignes électriques. Bilan avec Marion Toutchkov, chef de projet à l’Office National des Forêts (ONF).

 

foret-debroussaillee_foret-non-debroussailléeAu-delà des lignes : Quelle est l’importance du débroussaillement en forêts du Sud-Est ?
Marion Toutchkov : Les forêts du Sud-Est* sont les plus touchées de France par les incendies. Heureusement la moyenne annuelle des surfaces incendiées réduit : 9000 ha/an depuis 2004 vs environ 27 000 ha/an jusque 2003. Et au 1er sept 2010,  on compte environ 5000 ha de brûlés dans la zone Sud. Ces résultats sont notamment liés aux actions de prévention des incendies, dont le débroussaillement. Objectif majeur de celui-ci : limiter l’intensité de l’incendie et la propagation du feu.

Photo : la partie débroussaillée a été épargnée par l’incendie ©Marion Toutchkov (ONF).

Adl : Dans quelle mesure le débroussaillement sous les lignes électriques, permet-il de diminuer les risques d’incendie de forêt ?
M.Toutchkov : En cas de départ de feu, notamment en contre-bas des lignes électriques, le débroussaillement permet de ralentir son développement. Le feu a alors moins de puissance car moins de combustibles végétaux à brûler. Cela laisse plus de temps et de facilité aux secours terrestres et aériens pour intervenir.

 

Adl : Comment s’organise le débroussaillement, qui fait quoi ?
M.Toutchkov : c’est un arrêté préfectoral, en application du code forestier, qui précise les modalités du débroussaillement. Sous les lignes haute tension, c’est ensuite la responsabilité de RTE d’effectuer les actions nécessaires.

foret-debroussaillee_foret-non-debroussailléeEn amont de l’arrêté préfectoral, des études de risques sont envisageables pour proposer des actions de débroussaillement ciblées. Il faut alors tenir compte des risques liés à la ligne électrique, à la végétation et aux habitations alentour, aux vents dominants, au relief (une pente favorise le développement du feu), à l’exposition (avec une exposition sud, le risque d’incendie est plus grand)…

 

Photo : forêt non débroussaillée (gauche) et débroussaillée (droite) ©Yvon Duché (ONF).

Adl : Sous les lignes, comment se passe le débroussaillement ?
foret-debroussaillee-sous-lignes-electriquesM.Toutchkov : D’après l’arrêté préfectoral, RTE fournit un cahier des charges à des professionnels du débroussaillement, dont les équipes de l’ONF.

De manière générale, les zones à débroussailler concernent les pieds de pylône et une bande de terre sous la ligne (au cas où un câble rompu tombe).

Le débroussaillement consiste à :

  • éliminer toutes les broussailles (végétation basse),
  • couper tous les arbres, arbustes morts et dépérissants,
  • diminuer le nombre d’arbres pour les mettre à distance,
  • tailler les branches basses (jusqu’à 2 mètres de haut)
  • évacuer les restes de coupe.

En cela, le débroussaillement est complémentaire de l’élagage, qui évite notamment les amorçages de la végétation haute avec la ligne.

Schémas : à gauche, zone à débroussailler sous le pylône ; à droite, élagage des branches basses jusqu’à 2 mètres de haut près du pylône. ©RTE.

Adl : Est-ce que le paysage souffre de ce débroussaillement ?
M.Toutchkov : Le débroussaillement s’adapte à chaque zone travaillée en tenant compte de l’environnement, du relief…

Par exemple, si le terrain sous la ligne est en pente, dans le sens du vent, le débroussaillement ne doit pas être drastique. Le vent s’y engouffrerait encore plus (couloir de vent). Le débroussaillement prévoit alors de laisser des petits bouquets d’arbres en quinconce.

Autre exemple : on peut travailler la lisière pour ne pas qu’elle soit linéaire, avec des arbustes de différentes hauteurs. Parfois, des « rideaux d’arbres » sont laissés devant des lignes, si celles-ci sont visibles depuis la route ou un site touriste.

Il faut savoir aussi que rien n’est définitif, la nature évolue. Ces terrains s’entretiennent tous les 3 à 5 ans, pour que le reste de la forêt soit mieux protégé contre les risques d’incendie.


En savoir plus :

* Provence-Côte-d’Azur, Languedoc Roussillon, Corse, Drôme et Ardèche.


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