Echanges contractuels et physiques d’électricité en Europe : quelle différence ?

Par Julie Rédactrice animatrice du blog
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Source : Entso-e.

Certains d’entre vous ont posé des questions sur la différence entre les échanges d’électricité en Europe : contractuels (dits aussi commerciaux) et physiques. Ces notions sont effectivement distinctes tout en restant étroitement liées. Explications.

Les échanges contractuels (commerciaux) entre pays

Les échanges contractuels entre deux pays sont le résultat d’une transaction commerciale entre les acteurs du marché de ces deux pays1. Les échanges s’opèrent quand une offre dans un pays rencontre une demande dans un autre pays, à un prix satisfaisant les deux parties.
> Témoignage d’un trader, acteur sur le marché européen de l’électricité

Les échanges contractuels sont ainsi réalisés au gré des opportunités quotidiennes d’achats et de ventes de l’électricité au niveau européen. Ils sont nécessaires pour répondre à la demande en électricité de tous les pays au meilleur prix. Dans certaines situations particulières, ils sont même indispensables pour assurer une solidarité entre les pays  interconnectés d’Europe. Ces échanges permettent une mutualisation des moyens de production et une optimisation économique de l’électricité.

Vous l’aurez compris ? Si on regarde le bilan annuel des échanges contractuels d’un pays : un « solde exportateur » signifie que, sur l’année, les ventes d’électricité de ce pays (contrats d’exportations) ont été supérieures à ses achats (contrats d’importations).
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne signifie pas que ce pays n’a du tout importé d’électricité pendant l’année. Il a pu importer de l’électricité à certains moments et à certaines frontières. Il n’a pas alors nécessairement manqué de production. A ces périodes-là et sur ces frontières-là, les achats d’électricité ont été supérieurs aux ventes, c’est le résultat d’un arbitrage économique.
Au global, le « solde annuel des échanges contractuels » d’un pays est un indicateur, parmi d’autres, de la compétitivité de l’électricité qu’il a produite, par rapport à celle des autres pays.
> Pour exemple, les échanges contractuels de la France (bilan électrique 2011, page 19)

Les échanges physiques aux frontières

Les échanges physiques d’électricité entre deux pays, rendent compte des flux d’électricité qui transitent réellement sur les lignes d’interconnexion reliant directement les pays.
> Pour exemple, les échanges physiques de la France (bilan électrique 2011, page 34)

Les flux physiques de l’électricité sont gérés par les gestionnaires de réseau de transport d’électricité concernés, qui garantissent la sûreté du système électrique de leur pays. Ce dernier requiert, à tout instant, l’équilibre offre-demande (production + importations = consommation + exportations) et le respect des règles d’exploitation du réseau (intensités maximales sur les lignes, règles de sureté en cas de défaut).
> Rôle de RTE pour gérer les flux aux frontières françaises

Echanges contractuels et physiques : quelle corrélation ?

On distingue les flux d’électricité contractuels des flux physiques mais les deux sont corrélés. Toute transaction contractuelle sur le marché2 donne lieu à deux livraisons physiques d’électricité : une production (qui injecte de l’énergie sur le réseau) et une consommation (qui soutire de l’énergie du réseau).

Pour l’ensemble du pays, le volume annuel des échanges d’électricité avec l’étranger est le même, qu’ils soient physiques et contractuels3.

Cependant, les chiffres des importations et des exportations par frontière diffèrent selon que l’on parle des flux physiques ou contractuels.

En effet, si des échanges contractuels d’électricité sont négociés entre deux pays, cela ne signifie pas nécessairement que l’électricité transite complètement par l’interconnexion entre ces 2 mêmes pays. Le trajet physique de l’électricité peut passer par d’autres frontières, selon les caractéristiques techniques du réseau du pays producteur et du pays consommateur.

Exemple :

  • Si des acteurs du marché français vendent  de l’électricité à d’autres en Allemagne, cette transaction commerciale peut par exemple, se décomposer en une vente de la France vers la Belgique puis une vente de la Belgique vers les Pays-Bas et enfin une vente des Pays-Bas vers l’Allemagne.
  • Les flux physiques se répartiront différemment du chemin contractuel. Le pays producteur étant la France, les flux physiques partiront de France et pourront se répartir d’une part sur les lignes d’interconnexion qui relient la France et la Belgique, puis la Belgique et les Pays-Bas et enfin les Pays-Bas et l’Allemagne (pays consommateur), et d’autre part  sur les lignes d’interconnexion entre la France (pays producteur) et l’Allemagne (pays consommateur).

Vous l’aurez compris ? Un acteur vendeur n’est pas nécessairement un acteur producteur. Il peut avoir acheté l’électricité à un autre acteur dans un autre pays, pour la revendre ensuite à un troisième acteur du marché d’un troisième pays.

En savoir plus :

Pour aller plus loin :
Pourquoi la France importe-t-elle de l’électricité alors que sa production est excédentaire ?
Explication sur le site Internet “Connaissance des Energies”

1. Les acteurs du marché sont des producteurs, des consommateurs, des responsables d’équilibre offre-demande, des fournisseurs, des gestionnaires de réseau… .2. Il s’agit alors de transaction commerciale concernant des « produits physiques ». Sur le marché de l’électricité, on distingue en effet les « produits physiques » des « produits financiers ». 3. Le solde annuel des échange physiques et contractuels est le même si on considère uniquement les lignes d’interconnexions référencées par Entso-e. En effet, dans le solde des échanges physiques sont aussi prises en compte aussi quelques autres lignes d’interconnexions (par exemple : lignes de livraison de la France à Andorre ou à Jersey, lignes entre la Corse et l’Italie…).

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