France-Espagne : une liaison souterraine à très haute tension un peu hors norme

Invité : Yves Decoeur Directeur général, INELFE

Liaison souterraine France-Espagne

Partie du tracé de la liaison France - Espagne

Une liaison souterraine à très haute tension 320 000 Volts et en courant continu entre la France et l’Espagne : « c’est une première mondiale ! ». La future interconnexion franco-espagnole représente un défi technologique, qui va durablement sécuriser l’alimentation électrique des deux pays. C’est la société INELFE (INterconnexion ELectrique France-Espagne) qui conduit le projet depuis octobre 2008.

L‘interconnexion, c’est une liaison électrique entre deux pays voisins. Le projet d’interconnexion France-Espagne consiste à créer une nouvelle liaison à très haute tension 320 000 Volts et en courant continu entre la région de Perpignan, en France, et celle de Figueres, en Espagne.

Elle va avoir la particularité d’être complètement construite en souterrain sur 65 kilomètres, le long de la liaison ferroviaire à grande vitesse Perpignan-Barcelone. Elle traversera aussi les Pyrénées, et au niveau du Perthus, passera par un tunnel dédié d’environ 8 kilomètres de long. La mise en service de cette liaison est prévue mi 2014.

Ce projet, parce qu’il est complètement réalisé en souterrain, va utiliser la technique du courant continu. Il n’est pas possible d’acheminer l’électricité en courant alternatif via une liaison souterraine sur une aussi longue distance. Et pour faire transiter l’électricité en courant continu, il faut implanter des stations de conversion aux deux extrémités de la liaison. Celles-ci vont transformer le courant alternatif du réseau de transport, en courant continu.

Il s’agit là d’un projet tout à fait novateur, et même, à ce stade-là, d’une première mondiale ! Tant par la longueur de la liaison souterraine que par les technologies utilisées, à la fois pour les câbles à courant continu et la construction des stations de conversion.

Le coût total du projet est d’environ 700 millions d’euros. Soit environ 8 fois le coût d’un projet réalisé en technologie aérienne, qui est la technologie de référence aujourd’hui pour le réseau d’interconnexion européen. Pour sa réalisation, ce projet bénéficie d’un soutien financier de la Commission Européenne et de la Banque Européenne d’Investissement.

Cet investissement est le fruit d’une longue histoire. En fait, le projet d’interconnexion France-Espagne a été initialisé il y a une trentaine d’années. Et il a fait l’objet de nombreuses vicissitudes, notamment liées à ses enjeux environnementaux : la liaison traverse les Pyrénées. C’est un coordonnateur européen, M. Mario Monti, qui a été missionné pour trouver une solution. De là, a finalement été prise la décision de la construire complètement en souterrain. Une décision prise au plus haut niveau par les gouvernements français et espagnol lors de la signature, le 27 juin 2008, de l’accord de Saragosse.

In fine, la construction de cette nouvelle interconnexion permettra d’assurer plus de solidarité entre la France et l’Espagne, et de renforcer la sécurité d’approvisionnement électrique des deux pays.

  • Elle permettra d’augmenter la capacité d’échanges entre la France et l’Espagne, en la portant de 1400 à 2800 MW *.
  • Elle favorisera l’intégration d’un volume plus important de production d’électricité à base d’énergies renouvelables, notamment l’énergie éolienne.
    Le saviez-vous ? La production d’électricité espagnole compte jusqu’à 54% d’énergie éolienne.

L’interconnexion France-Espagne, c’est bien un projet un peu hors norme.

Tracé liaison souterraine France Espagne

Tracé de la liaison souterraine France Espagne (de Baïxas en France à Figueres en Espagne)

Yves Decoeur directeur général d'INELFE Liaison souterraine France EspagneArticle signé Yves Decoeur : directeur général de INELFE,
structure dédiée à la réalisation du projet d’interconnexion électrique France-Espagne.

La société INELFE (INterconnexion ELectrique France-Espagne) a été créée le 1er octobre 2008 pour la construction de la liaison d’interconnexion électrique entre Baixas (France) et Santa Llogaia (Espagne), conformément à l’accord fondateur intergouvernemental de Saragosse.
C’est une société de droit français par actions simplifiée, détenue à parts égales par RTE (Réseau Transport d’Electricité) et son homologue espagnol REE (Red Eléctrica de España).
INELFE a pour objet de porter l’ensemble du projet d’interconnexion électrique des Pyrénées, depuis les études de faisabilité jusqu’à la réalisation de l’ouvrage lui-même. Elle garantit la cohérence des choix techniques et environnementaux entre la France et l’Espagne pour ce projet.
Le président de INELFE est Carlos Collantes de REE, et son directeur général est Yves Decoeur de RTE.
>
Interconnexion électrique France-Espagne : RTE et REE vont créer une société commune chargée de développer une nouvelle liaison par l’Est des Pyrénées (communiqué de presse RTE et REE, janvier 2008)

En savoir plus :

* Unité de mesure : 1 MW = 1 mégawatt = 1 000 kilowatts = 1 000 000 watts.

Partager l'information :
 

14 commentaires pour “France-Espagne : une liaison souterraine à très haute tension un peu hors norme”

  1. Bojour
    Vous citez
    Une liaison souterraine à très haute tension 320kv,et en courant continu entre la France et l’Espagne : « c’est une première mondiale !
    Oui, mais peut-être au niveau de la tension (320kv), car je pense que la première mondiale c’était IFA 2000 (270kv) je crois ?
    Merci de m’éclairer et bravo pour ces articles

    [Répondre]

  2. Vous avez raison, Monsieur Demassieux, de préciser qur IFA 2000 (vers 1985) et même la précédente liaison France-Espagne (de puissance 160 MW, qui datait des années 1960) était déjà une liaison à courant continu. Il reste toutefois que la liaison France-Espagne est certes en courant continu, mais elle emprunte un tracé souterrain par voie terrestre ; ce sera ainsi la liaison la plus longue des liaisons souterraines terrestres ; ce sera aussi la liaison la plus puissante (2 x 1000 MW) à utiliser la technologie la plus récente (VSC = Voltage Source Converter).

    [Répondre]

  3. Je m’aperçois que, dans ma réponse du 21 février 2011, j’ai fait une boulette concernant la liaison 160 MW : il s’agissait évidemment de la liaison précédente FRANCE-ANGLETERRE, et non France-Espagne évidemment ! Quant à la liaison IFA 2000, elle fonctionne en continu, effectivement à +/- 270 kV, et utilise la technologie dite LCC (Line Commutated Converter).

    [Répondre]

  4. Bonjour,
    Cette article m’amène à me poser quelques questions de néophyte que je suis.
    Il est écrit :
    “Il n’est pas possible d’acheminer l’électricité en courant alternatif via une liaison souterraine sur une aussi longue distance”
    Mais pourquoi?
    Par ailleurs, j’imagine qu’il y a a conversion en courant continu, puis reconversion en alternatif, et que ces deux étapes présentent des rendements de conversions : peut-on savoir en ordre de grandeur, quel pourcentage de perte cela représente-t-il?

    [Répondre]

    merci Jef pour votre commentaire,
    effectivement, deux stations de conversion sont construites aux extrémités de la liaison en courant continu pour convertir le courant et lui permettre d’être acheminé sur le réseau de transport.

    nous allons très bientôt publier un billet sur la technologie du courant continu afin d’expliquer pourquoi on l’utilise aujourd’hui et dans quel contexte.
    A suivre donc !
    Julie

  5. Pourquoi omettez vous de mentionner que la production d’électricité éolienne Espagnole est comprise entre 0.35%(c’est à dire rien) et 54 %?

    [Répondre]

    bonjour,
    vous avez raison, la production éolienne d’électricité, par nature intermittente, peut varier selon les saisons et les heures de la journée/nuit.
    Concernant les 9 premiers mois de 2010 en Espagne, Luis Atienza, Président de REE (Red Electrica de Espana, gestionnaire de réseau de transport espagnol) explique : ” Si la production éolienne peut couvrir, en valeur instantanée, jusqu’à 54% de notre demande en électricité, au contraire, elle peut descendre jusqu’à à peine 0,35%”.
    Nous vous invitons à lire son interview sur le blog : http://www.audeladeslignes.com/electricite-eolienne-defi-reseau-transport-espagnol-5950
    N’hésitez pas à nous poser d’autres questions si vous en avez,
    Julie

  6. En réponse à l’interrogation judicieuse de Jef, il faut savoir qu’une liaison souterraine en alternatif rencontre des pbs de compensation d’effet capacitif ; aujourd’hui, on s’accorde à affirmer que l’effet capacitif d’une liaison de transport en alternatif et à 400 kV nécessite une compensation de réactif tous les 25 km environ ; on peut compenser à chacune des 2 extrémités, et aucune réalisation actuelle ne comporte une compensation “en cours de route”. La liaison la plus longue de ce type se trouve à Tokyo ; elle est longue de 40 km.
    Pour le continu, ce phénomène de compensation dec réactif n’existe pas, ce qui permet de faire des liaisons très longues. En revanche, le raccordement au réseau général en alternatif se fait au moyen de stations de conversion, qui réalisent la transformation bilatérale alternatif continu. Les pertes de ces stations sont, en tout, d’environ 2 à 2,5 % (suivant la technologie utilisée).

    Yves

    [Répondre]

  7. Bonjour Yves,
    Et oui France-Angleterre
    Ah quand on veillit!!
    Amitiés
    DL

    [Répondre]

  8. Comparaison des couts de cette liaison en alternatif et en continu?
    Le choix du courant continu et de la liason souterraine a-t-il été fait pour des motifs environnementaux ou autres?

    [Répondre]

    Coût presque multiplié par 10 (de 80 millions environ pour les estimations initiales en surface à 700 millions pour ce projet).

    C’est un choix environnemental, mais lié à l’opposition catégorique des riverains au projet aérien.

    Effectivement, le coût est presque 10 fois supérieur à celui d’une liaison en courant alternatif. Mais attention, il faut savoir que le poids des stations de conversion est énorme dans le prix : un peu moins de la moitié des 700 millions … Il faut donc être méfiant et ne pas garder exclusivement en mémoire ce facteur 10, qui serait inférieur pour une liaison plus longue. Rappelons enfin que le choix du continu découle immédiatement et automatiquement du choix d’une solution totalement souterraine, impossible à faire en alternatif à ce niveau de tension et de puissance, avec les technologies actuelles.

  9. Vivement le “billet sur la technologie du courant continu” promis par Mme Julie en date du 8 mars, 2011.

    Merci d’avance.

    [Répondre]

    bonjour,
    ce billet ci-dessous en lien, peut répondre à certaines de vos interrogations sur le courant continu. N’hésitez pas à nous poser vos questions complémentaires.
    http://www.audeladeslignes.com/pourquoi-transporter-electricite-courant-continu-courant-alternatif-9628
    julie

Laissez un commentaire

Les commentaires sont visibles après validation. Quant au contenu des commentaires (véracité, objectivité ...), il n'engage que leur auteur.

> Respectez la charte des commentaires

Copyright © 2009 - RTE - Contact - Mentions légales