Importer et exporter l’électricité de France : exceptionnel ou habituel ?

Par Julie Rédactrice animatrice du blog
imports-exports-france-25nov2010

Echanges d'électricité de la France avec ses voisins le 25 novembre 2010.

« La respiration du système électrique aux frontières » désigne les échanges d’électricité entre les pays interconnectés d’Europe. Pour cela, notamment, le réseau de transport d’électricité français est relié à ses pays voisins par des lignes d’interconnexion. Ces échanges d’électricité, aux frontières françaises, sont-ils exceptionnels ou habituels ? Explications avec Khalid, expert au dispatching national chez RTE.

Au-delà des lignes : Que se passe-t-il aux frontières françaises ?

Khalid : Des échanges d’électricité ont lieu aux frontières des pays interconnectés.

En particulier, la France échange de l’électricité avec tous ses pays voisins (Angleterre, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne). Elle est donc directement interconnectée à ses 6 frontières.

Observons les échanges d’électricité de la France avec l’étranger d’après le bilan électrique 2010

  • Au global pour 2010 : les exportations sont plus importantes que les importations de 29.5 TWh* (solde exportateur). On constate une augmentation du solde exportateur de 19% par rapport à 2009.
  • En particulier, au cours de cette même année 2010, la France a été importatrice pendant 72 journées, contre 57 en 2009.

Regardons ces échanges de plus près encore, à l’échelle d’une journée (par exemple celle du 25 novembre 2010, voir courbe ci-dessus). On constate que les échanges d’électricité peuvent avoir lieu,  au fil des heures, dans un sens ET dans l’autre. Ainsi la France peut-elle être importatrice ET exportatrice le même jour !

Contrairement à ce que les chiffres annuels, très globaux, peuvent laisser croire, les échanges d’électricité, à l’import et à l’export, ont lieu à tout instant, à chaque frontière… sans que les citoyens le sachent !

interconnexions-francaises

> Tous les échanges d’électricité de la France avec ses voisins

Le saviez-vous ? Ce qui fait les imports-exports, c’est d’abord le marché européen de l’électricité. L’électricité est alors achetée / vendue par les acteurs du marché : ce sont les échanges contractuels.
Ils sont distincts des échanges physiques d’électricité, c’est-à-dire les volumes d’électricité qui  transitent réellement sur les lignes d’interconnexion entre les pays européens.

Ce sont deux réalités différentes, gérées par des acteurs européens différents.

  • Les flux commerciaux d’électricité entre les pays sont le résultat d’un arbitrage économique par les acteurs du marché de l’électricité au niveau européen.
  • Les flux physiques de l’électricité transitent aux frontières des pays interconnectés, et sont gérés par les gestionnaires de réseau de transport d’électricité concernés.

Ainsi, si des échanges commerciaux d’électricité sont négociés entre deux pays, cela ne signifie pas nécessairement que l’électricité transite par une interconnexion entre ces 2 mêmes pays. Le trajet physique de l’électricité peut passer par d’autres frontières.

Au total, le volume des échanges d’électricité de/vers la France est toujours le même, que l’on parle des échanges physiques ou commerciaux. Ce sont les chiffres imports-exports par frontière, qui peuvent différer selon que l’on parle des flux physiques ou commerciaux.

Adl : Est-ce qu’on constate des événements exceptionnels aux frontières ?

Khalid : Les échanges d’électricité de la France avec les pays voisins existent depuis des dizaines d’années.

C’est une activité quotidienne aux frontières, nécessaire pour répondre à la demande en électricité au meilleur prix. Et dans certaines situations particulières, ces échanges d’électricité sont même indispensables. Ils assurent, dès que nécessaire, une solidarité entre les pays d’Europe interconnectés.

Par exemple, s’il y a un arrêt inopiné d’un moyen de production en France, les autres moyens de production en France et en Europe prennent instantanément le relais pour compenser cette défaillance.

Autre exemple : les pointes de consommation en hiver interviennent à 19h en France, mais plus tôt en Allemagne et plus tard en Espagne. Ainsi, les échanges d’électricité offrent des possibilités de secours mutuels.

Adl : Quelle est la limite des importations et exportations d’électricité ?

Khalid : La capacité maximale à l’exportation de la France est de 12 000 MW **, et à l’importation de 8 000 MW.

En réalité, les capacités d’importation et d’exportation d’un réseau peuvent varier. Elles dépendent de nombreux paramètres physiques comme :

  • la disponibilité de chaque ligne d’interconnexion (une ligne peut être en travaux par exemple),
  • la disponibilité des autres ouvrages électriques dans chaque pays (postes et lignes du réseau national par exemple),
  • l’encombrement du réseau national de chacun des 2 pays. Pour que celui-ci ne soit pas être saturé, l’utilisation de la capacité de l’interconnexion peut être limitée même si elle est, elle-même, disponible.

Ainsi, le dispatching national de RTE calcule régulièrement, de 1 an à l’avance jusqu’au temps réel, les capacités réelles à l’importation et à l’exportation.

Il publie ensuite, systématiquement, ces informations pour informer les acteurs du marché, qui souhaitent importer ou exporter de l’électricité. Et une fois les négociations réalisées, le dispatching national de RTE veille à ce que les contrats commerciaux des échanges d’électricité, restent compatibles avec les exigences de sécurité du système électrique français.

> Vous trouverez, sur le site de RTE, les calculs des capacités maximum à l’import et à l’export, pour chacune des frontières et pour les différentes échéances. Le calcul est établi selon une méthode transparente approuvée par la Commission de Régulation de l’Energie et disponible sur le site de RTE.

En savoir plus :

* 1TWh = 1TerraWattheure = 1 000 GigaWattheure = 1 000 000 MégaWattheure = 1 000 000 000 KiloWattheure = 1 000 000 000 000 Wattheure
** 1 MW = 1 MégaWatt = 1 000 KiloWatts = 1 000 000 Watts

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16 commentaires pour “Importer et exporter l’électricité de France : exceptionnel ou habituel ?”

  1. L’interconnexion permet de maintenir l’équilibre production/consommation dans l’Europe entière et c’est très bien. Ainsi ma lampe est peut-être allumée grâce à la centrale nucléaire voisin, un barrage des Alpes, une centrale à charbon allemande ou anglaise, une éolienne espagnole, ou très certainement à un mix de toutes ces sources. Les structures qui prétendent fonctionner à l’énergie verte “oublient” que les sources d’électricité sont interconnectées, donc mélangées.

    [Répondre]

  2. Merci pour cet article, très intéressant.

    De façon générale, le blog et les diverses pages du site sont instructives et bien réalisées.

    Bonne continuation !

    [Répondre]

  3. Bonjour,

    j’ai posé question (un peu plus tard que d’autres apparemment) de la différence significative entre les échanges physiques et les échanges contractuels sur les importations d’Allemagne vers la France.
    http://investigationfin.canalblog.com/archives/2011/06/08/21347626.html

    J’ai interrogé les douanes, qui m’ont confirmé récemment la cohérence des chiffres côté allemand. Me restait la compréhension des échanges contractuels, et je félicite votre article pour son contenu sourcé RTE qui y répond dès le 18 mai dernier. Dommage que je ne l’ai pas découvert avant.

    La problématique posée par mon article me semble néanmoins aborder les choses quelque peu différemment. Je m’explique.

    Au global, l’Allemagne nous a-t-elle fourni de l’électricité (oui d’après les échanges contractuels non d’après les échanges physiques) en 2010 ou est-ce la France qui a fourni de l’électricité à l’Allemagne (oui d’après les échanges physiques non d’après les échanges contractuels) ?

    Pour aller plus loin, cette question étant liée à celle de la capacité de production d’électricité d’un pays, au global, la France a-t-elle davantage bénéficié des capacités de production allemande ou bien est-ce l’inverse ?

    Se pose alors la question suivante : si l’électricité ne vient pas physiquement d’Allemagne, l’électricité livrée physiquement de Belgique ou de Suisse par contrat allemand est-elle produite en Allemagne ou bien en Suisse ou en Belgique ?

    Car si ce n’est pas produit en Allemagne, alors en 2010 j’aurais tendance à affirmer au global que le parc de production d’électricité allemand ne nous exporte pas son électricité, et que c’est l’inverse !

    Bien cordialement

    Olivier Fluke

    [Répondre]

  4. Bonjour à tous,

    Voici en quelques des précisions sur la distinction entre échanges physiques et échanges commerciaux d’électricité

    Rappelons que les échanges physiques d’électricité entre deux pays, rendent compte des flux d’électricité qui transitent réellement sur une ligne d’interconnexion reliant directement ces deux pays. Les échanges contractuels, eux, sont le résultat d’une transaction commerciale entre des acteurs de ces deux pays.
    Ainsi, l’électricité échangée entre les deux pays ne transite pas nécessairement par l’interconnexion entre ces deux pays. Au global, le bilan des échanges physiques et commerciaux peut être différent à chaque frontière, mais il est le même au niveau national.

    Les échanges commerciaux sont représentatifs des échanges entre les acteurs situés dans ces deux pays (sensés maintenir un équilibre entre leurs productions et achats d’électricité sur les marchés d’une part et les consommations d’électricité de leurs clients et leurs ventes sur les marchés d’autre part). Les échanges contractuels sont les bonnes données pour analyser les échanges d’électricité entre deux pays.

    Julie

    [Répondre]

  5. Bonjour Olivier,

    Pour aller plus loin sur l’interprétation des données liées aux échanges commerciaux d’électricité en Europe…

    1. Le solde commercial des échanges n’est pas indicateur du lieu de production de l’électricité, le pays vendeur n’est pas nécessairement le pays producteur.
    Si l’Allemagne a contractuellement vendu de l’électricité à la France, cela ne veut pas dire que l’Allemagne a produit cette électricité. L’Allemagne a très bien pu acheter cette électricité en République Tchèque par exemple. Chaque transaction commerciale est négociée selon certains termes, notamment le prix, le volume, le délai et le lieu de livraison. On ne sait pas exactement où l’électricité a été produite.

    2. Le solde commercial des échanges n’est pas exactement représentatif d’un manque ou surplus réel de production électrique, par rapport aux besoins du pays
    Si le solde des échanges est exportateur, cela signifie que le pays est « potentiellement autosuffisant » et qu’il a la capacité de vendre de l’électricité. Cela dit, le volume effectif des exportations dépend des acteurs du marché, en fonction des variations du prix de l’électricité. Autre cas de figure : si un pays est importateur, cette situation « n’est pas nécessairement révélatrice d’un manque de production disponible en France. Elle dépend des achats et ventes réalisés » (voir le billet : http://www.audeladeslignes.com/preparer-lsysteme-electrique-ete-hiver-9876 ).

    Dans le cas précis de la France et de l’Allemagne, les deux pays ont actuellement un solde commercial globalement exportateur. Ainsi, la France et l’Allemagne produisent sur une année plus qu’elles ne consomment et vendent ce surplus à d’autres pays. Elles importent à certains moments de l’année afin de profiter de meilleurs prix. Dire que ces pays sont « dépendants » de la production d’électricité de leurs voisins serait, à ce stade, un raccourci trop rapide.

    Julie

    [Répondre]

  6. Bonjour,

    est-ce qu’il y a des statistiques sur l’origine (nucléaire, charbon, gaz etc.) des TWh importé et exporté en France?
    Merci.

    Cordialement,

    Felix

    [Répondre]

    Bonjour Felix,

    Avec l’application éco2mix, accessible sur le site Internet de RTE et via une application i-phone dédiée, vous pouvez connaître, en temps réel, la répartition par filière (nucléaire, charbon, gaz, etc…) de la production électrique française, partiellement exportée vers les autres pays.

    Pour connaître la répartition des moyens de production sur l’ensemble de l’année 2010, nous vous recommandons la lecture du bulletin d’Au-delà des lignes consacré au Bilan électrique français 2010.

    Merci pour votre intérêt sur ces questions
    et à bientôt sur le blog,
    Julie

  7. Bonjour “Julie”,

    vous ne repondez pas a ma question.
    Mais c#est aussi une reponse.

    Felix

    [Répondre]

    Bonjour Felix,

    Effectivement, il n’y a pas de statistiques sur l’origine de l’électricité importée ou exportée depuis/vers la France.

    Pour aller plus loin dans vos recherches, nous vous invitons à contacter :
    - le service statistiques de l’Agence internationale de l’énergie (IAE : International Energy Agency) : stats@iea.org
    - ou l’ADEME (Agence de la Maîtrise de l’Energie et de l’Environnement) : http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=29676&ref=16525

    A bientôt en ligne,
    Julie

  8. Question : pourquoi le rapport pour l’année 2010 de RTE ne parle que des échanges commerciaux (p. 18) et pas physique ?

    [Répondre]

    Bonjour Maïeul,

    Vous avez raison, dans le bilan électrique 2010 page 18 est indiqué le solde annuel des échanges contractuels de la France.
    Pour connaître le solde des échanges physiques en 2010, consultez le document suivant page 11 : http://www.rte-france.com/uploads/Mediatheque_docs/vie_systeme/annuelles/Statistiques_energie_electrique/statistiques_annuelles_2010.pdf

    Le bilan électrique 2011 présente aussi les données contractuelles, page 20 : http://www.rte-france.com/uploads/Mediatheque_docs/vie_systeme/annuelles/Bilan_electrique/RTE_bilan_electrique_2011.pdf
    Pour connaître le solde annuel des échanges physiques de la France avec l’étranger en 2011, nous vous invitons à consulter la page 34.

    Les données des échanges contractuels sont privilégiés dans l’analyse du bilan annuel électrique français car ils sont représentatifs de l’activité du marché. Ce sont eux qui témoignent du dynamisme (ou non) et de la compétitivité de l’électricité produite par chaque pays européen. Pour en savoir plus sur les échanges physiques et commerciaux, vous pouvez lire ce billet blog qui vient de paraître : http://www.audeladeslignes.com/echanges-contractuels-physiques-electricite-europe-difference-12943

    En espérant avoir répondu à votre question,
    A bientôt sur le blog,
    Julie

    Merci pour cette réponse. N’y-a-t-il pas moyen d’avoir un solde des échanges physiques pays par pays ? pour les échanges physiques, on a qu’une vision globale …

    Bonjour Maïeul,
    Toutes les données sur les échanges physiques en Europe, par pays et par frontière, sont disponibles sur le site de ENTSO-E (l’association européenne des gestionnaires de transport : http://www.audeladeslignes.com/entso-e-actions-12296 )

    Voir ici : http://www.entsoe.net/home.aspx (il suffit de créer un profil)
    vous pouvez aussi consulter les bilans annuels de ENTSO-E sur le site institutionnel de l’association à cette page : https://www.entsoe.eu/resources/publications/general-reports/statistical-yearbooks/

    Bien à vous
    julie

  9. Pour mieux comprendre que RTE et les douanes ne comptabilisent pas les mêmes échanges, un simple paragraphe résout le problème apparent de la différence entre les statistiques fournies de part et d’autre.

    Douanes : changements de méthodologie.

    “2005 – Modification dans la comptabilisation de certains flux de gaz naturel à l’état gazeux et d’énergie électrique : à l’importation, c’est le pays de provenance et non celui d’origine qui est repris, et, à l’exportation, c’est le pays limitrophe de destination et non celui de destination finale.”

    Ainsi, les échanges réels entre deux pays sont bien les échanges contractuels indiqués par RTE.

    Maintenant, les achats et vente d’électricité se décidant la veille pour des volumes et des tranches horaires précises, chaque compagnie achète ou vend selon les prévisions de sa production et de la consommation de ses clients.

    Je ne vois pas pourquoi, par exemple, une compagnie allemande irait acheter de l’électricité tchèque pour la revendre ensuite à EDF en France. A la différence de la Bourse financière (Londres et autres), les bourses de l’électricité tiennent compte d’un élément supplémentaire qui est le coût du transit de l’électricité sur les réseaux.

    Ni RTE ni ses équivalents européens ne sont des bénévoles, surtout lorsque l’on connaît le coût des équipements. Et leurs employés ne travaillent pas gratuitement non plus.

    [Répondre]

  10. Les explications des échanges commerciales et physiques sont bien expliquées sur le site.
    Mais quel est le bilan économique pour la France de ces échanges d’électricité, en particulier avec l’Allemagne. Le coût de l’énergie en Allemagne est beaucoup plus élevé qu’en France.
    Y a-t-il des bilans économiques annuels et sur de plus courtes périodes,communicables?

    [Répondre]

    hervé33,
    demain paraît le bilan électrique de RTE pour l’année 2012, on y trouve le bilan des échanges d’électricité de la France avec ses voisins.
    A demain !
    julie

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