« Dans mon jardin, y’a des Belles dames et des Vulcain», dit un observateur Vigie-Nature

Invité : Romain Julliard directeur du programme Vigie-Nature
Observateur de la biodiversité des jardins - Vigie Nature

Observateur de la biodiversité des jardins - Vigie Nature ©V. Brondeau/Noé Conservation

Papillons, escargots, insectes, plantes sauvages… vivent autour de nous, vous les avez surement déjà croisés. Ce petit monde s’installe dans les jardins et balcons, aux abords des routes ou des lignes électriques à haute tension… Allez donc observer ces habitants de la nature avec Vigie-Nature. Votre enquête, comme celle de tous les citoyens volontaires, fait avancer la science. Romain Julliard, directeur du programme Vigie-Nature au Museum National d’Histoire Naturelle, souligne les enjeux de ces observations.

Au-delà des lignes : Quels récents constats sur la biodiversité ont appelé la création du programme Vigie-Nature ?

JULLIARD Romain Vigie Nature Museum histoire naturelleRomain Julliard : Ces dernières années, la dynamique de changement des milieux naturels s’est accélérée. Nous voulons étudier comment la biodiversité fait face à ces transformations rapides : les subit-elle ? S’adapte-t-elle ? Quel est le rôle de l’homme ?

Pour explorer ces questions complexes, nous avons besoin de multiplier les points d’observation. De là, l’idée de faire appel à des observateurs non-spécialistes mais volontaires, et d’ouvrir le champ des sciences participatives, avec le programme Vigie-Nature.

Notre étude concerne le fonctionnement de la biodiversité dans son ensemble. Ainsi, nous nous intéressons aux espèces menacées ou rares autant qu’aux espèces communes. Celles qui vivent dans des environnements immédiats, comme les villes, les jardins, les forêts périurbaines…

D’un point de vue pratique, cette étude a l’avantage d’être facile à mettre en œuvre avec des observateurs volontaires. Scientifiquement, l’effet d’entraînement est là : on recueille davantage de données, ça devient plus intéressant.

Au-delà des lignes : Pouvez-vous nous donner des exemples de la « biodiversité près de chez soi » ?

Romain Julliard : La ville favorise un cortège d’espèces différent de celui de la campagne, elle sélectionne des espèces aux exigences simples. Si on prend l’exemple des papillons, seuls deux espèces s’adaptent à l’urbanisation : le Tircis et le Brun des pélargonium. Venu d’Afrique du Sud, ce dernier a été introduit accidentellement en Europe car il aime vivre auprès des géraniums, surtout sur les balcons de la Côte d’Azur !

Globalement, pour encourager la présence des papillons en ville, il suffit de quelques bonnes pratiques dans les coins de nature (jardins, balcons…) : laisser une partie en friche, favoriser les espèces d’arbres et de fleurs indigènes, planter des fleurs aromatiques…

Autre exemple : en Europe occidentale, la biodiversité des territoires ruraux a subi de plein fouet l’intensification des pratiques agricoles. La nature a perdu en diversité. On constate actuellement qu’elle  retrouve un espace de vie sur le bord des routes, sous les lignes à haute tension, près de certaines infrastructures linéaires. Avec une gestion adaptée (fauche tardive, pas de produits chimiques…), on peut favoriser le renouveau de milieux naturels ouverts (pelouses, prairies…), et donc aussi préserver la vie de multiples fleurs, insectes, reptiles, oiseaux….

 

Au-delà des lignes : Quelle est l’importance d’associer les citoyens à l’observation de la biodiversité ?

Romain Julliard : Avec le mode de vie urbain, bon nombre de citoyens ont perdu leur relation avec la biodiversité, à la fois sensorielle et culturelle. Avec le programme Vigie-nature, chacun peut apprivoiser la nature près de chez lui. La (re)découverte de ce monde naturel par l’expérience, lui redonne un visage concret et vivant. C’est bien connu, les choses se mettent à exister quand on les nomme ! Je me souviens du témoignage d’un internaute : « avant, dans mon jardin, y’avait des papillons, maintenant y’a des Belles Dames, des Vulcain et des Petites Tortues ».

C’est important de recréer du lien entre les hommes et la biodiversité pour les encourager à la préserver. Les scientifiques ont la responsabilité de ne pas monopoliser l’observation du monde végétal et animal, et d’ouvrir le champ des expériences naturalistes à tous. Le développement de « l’expérience de la nature par l’homme », c’est la première étape vers la connaissance et la protection de la nature.

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50 000 observations pour la foret_vigie nature

Rosalie des alpes (c)O.Alloitteau

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