Raccordement éolien offshore : comment les câbles THT pourraient-ils être installés sous la mer ?

Invité : Eric Fournier Directeur projet éolien off-shore, RTE

Entre 2018 et 2020, conformément au résultat de l’Appel d’Offres de l’Etat*, près de 2000 mégawatts de puissance électrique seront fournis par des parcs éoliens off-shore au large des côtes de la Manche et de l’Atlantique. Pour raccorder ces éoliennes au réseau de transport d’électricité terrestre, des câbles électriques sous-marins à 225 000 volts vont être déroulés  au fond de la mer.
L’heure est encore aux recherches de solutions pour réaliser ce projet. Découvrons-en quelques-unes, dédiées à la pose et à la protection des câbles THT sous la mer.  Eric Fournier, directeur du Projet et Vincent Venturini, chef du projet, chargé de l’ingénierie chez RTE, nous en parlent.

Au-delà des lignes : Imaginons qu’on part en mer pour installer les liaisons THT sous-marines. Comment ça pourrait se passer ?

Eric Fournier : Ce sont des bateaux spécifiques qui peuvent transporter les câbles THT, puis les dérouler dans les fonds marins. On parle principalement de navires câbliers ou de barges câblières à fond plat et tirant d’eau plus faible. Ils sont souvent associés à des navires supports pour l’installation. En règle générale, on utilise un navire câblier en haute mer et une barge câblière quand on approche des côtes, lorsque la profondeur diminue.

Navire câblier "Giulio Verne" / Chargement du câble à l'arrière du câblier

Au-delà des lignes : Comment les câbles THT seraient-ils installés sous la mer ?

Vincent Venturini : L’installation d’un câble à très haute tension sous-marin consiste principalement à le poser à puis à le protéger. Ces opérations peuvent être réalisées séparément ou conjointement. Une étude technique, environnementale et économique contribue à choisir la technique de protection la plus adaptée. Elle dépend notamment de l’environnement, des types de sols marins et des usages de la mer.

Parmi ces mode de protection, nous pouvons parler de l’ensouillage. Il nécessite des moyens importants car un câble sous-marin mesure entre 28 et 30 centimètres de diamètre, et pèse de l’ordre de 120 kilos le mètre ! En images, voici des exemples de protection du câble par ensouillage.

Le jetting : Dans un sol sablonneux ou composé de sédiments fins, le « jetting » permet d’écarter le sable à l’aide d’un jet d’eau ou d’air sous haute pression, qui ouvre une brèche dans laquelle on déroule le câble.


Le charruage :
Dans un sol composé de sédiments plus gros, on pratiquera plutôt le charruage. Le principe est exactement le même que celui d’une charrue qui fend la terre. On déroule ensuite le câble dans la brèche ainsi charruée.

Le tranchage : Quand le sol est plus dur, on peut être amené à pratiquer le tranchage. On utilise alors une machine équipée d’une sorte de scie circulaire, qui coupe le sol et ouvre une brèche dans laquelle on déroule le câble. Les machines et leur maintenance sont adaptées à la dureté du sol et à sa composition.


Au-delà des lignes : Parlez-nous d’autres techniques de protection du câble THT sous la mer…

Eric Fournier : Outre l’ensouillage, on peut pratiquer l’enrochement, qui consiste à recouvrir le câble avec des roches concassées.
On peut également recouvrir le câble d’un matelas,  composé de blocs de bétons reliés entre eux par un maillage métallique (photo ci-contre).
Une autre technique existe enfin : elle consiste à installer une coquille en acier sur mesure autour du câble, posé au fond de l’eau.

Au-delà des lignes : Et quand le câble THT approchera le littoral, qu’est-ce qui se passera ?

Vincent Venturini : Chaque liaison électrique sous-marine sera raccordée à un câble souterrain, qui court jusqu’au poste de transformation THT  terrestre le plus proche. C’est ce qu’on appelle la jonction d’atterrage.  Quel que soit le type de littoral, sableux ou rocheux, le câble THT sera enfoui dans le sol.

En savoir plus sur le projet éolien offshore au large des côtes françaises :

* Le projet éolien sur une des 5 zones ayant été déclaré sans suite, l’objectif de puissance installée est de 1928 MégaWatts, au lieu de 3 000 MégaWatts annoncés initialement.

Crédits photos : Prysmian, Nexans.

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6 commentaires pour “Raccordement éolien offshore : comment les câbles THT pourraient-ils être installés sous la mer ?”

  1. Bonjour,
    Suite à votre intéressant article concernant le raccordement des parcs éoliens off-shore, je souhaiterai savoir quel est la part de l’énergie perdue dans cette liason ? Sur une distance de plusieurs dizaines de km, celle-ci doit être non négligeable ! De plus, où se situe le lieu de comptage de l’électricité produite ?
    Merci par avance

    [Répondre]

    Bonjour Mal-éole,

    Le volume de des pertes sera du même ordre de grandeur que sur le reste du réseau à haute et très haute tension. Et afin de minimiser les pertes d’énergie, le niveau de la tension est élevé à 225 000 volts. (Il faut savoir que plus la tension est élevée, moins les pertes engendrées sont importantes).

    En ce qui concerne les points de comptage, RTE prévoit de les mettre en place en mer sur la plateforme du producteur, ce qui lui permettra de suivre chaque contrat d’achat. En générale, RTE est le seul propriétaire des compteurs, mais il arrive que contractuellement le client en soit le propriétaire.

    Bonne journée,
    Julie

  2. Bonjour,
    Vous parlez de câbles de 30 cm de diamètre, s’agit-il du diamètre pour les 3 phases sous la même gaine ou s’agit-il du diamètre pour chacune des phases, ce qui impliquerait la pose de 3 câbles par raccordement ?
    Merci d’avance de votre réponse.
    Claude

    [Répondre]

    Bonjour Claude,
    Les 30 cm que nous évoquons, correspondent au diamètre de l’armure (ou gaine) qui contiendra les 3 phases (câbles monophasés).
    A bientôt,
    Julie

  3. Bonjour,
    Nexans et Prismian sont ils les seuls sociétés à fournir les cables pour l’éolien offshore , où sont-ils les seuls à être à la fois producteurs et “poseurs” ?
    Merci

    [Répondre]

    Bonjour Damien,
    Même s’ils sont moins nombreux que les producteurs de câbles électriques terrestres, il y a d’autres câbliers sur le marché.
    A bientôt,
    Julie

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