Sous les lignes, des « autoroutes végétales »

Prairie alluviale sous les lignes, Ile-de-France @CBNBP-MNHN/C.SALVAUDON
Un inventaire en Ile-de-France a permis d’observer la richesse botanique sous les lignes. Il donne aussi lieu à une réflexion sur le potentiel de biodiversité de ces espaces. Analyse avec Philippe Bardin, expert du Conservatoire botanique du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN).
Après avoir examiné 170 km de lignes à l’Est de l’Ile-de-France, en 2009, les experts du Conservatoire botanique du Muséum National d’Histoire Naturelle mènent un nouvel inventaire à l’Ouest de la région. De mi-avril à mi-octobre, période de floraison, ils observent 160 autres km de lignes. Et comme l’année précédente, cet inventaire terrain sera suivi de 6 mois d’analyses.
« Au terme des trois ans 2009-2011, 330 km de lignes auront été expertisés. Nous aurons alors une vision fine de la biodiversité francilienne sous les lignes. Et nous pourrons proposer des recommandations pour préserver les espèces végétales repérées », indique Philippe Bardin, responsable de programme au Conservatoire botanique du Muséum National d’Histoire Naturelle.
Et il ajoute : « Cette initiative régionale fait de l’Ile-de-France une région pilote. Un point de repère pour l’évaluation et la gestion de la biodiversité sous les lignes. Voire un point de départ pour une expérimentation à l’échelle de la France. »
Selon la charte signée mi-2008, toutes les données botaniques de l’inventaire sont la copropriété de la région Ile-de-France, de RTE, du MNHN et du Conservatoire botanique. Ainsi, elles peuvent être utilisées, de manière autonome, par les différents experts. « RTE peut les intégrer dans son système d’informations géographiques. Ainsi, l’entreprise intègre encore mieux la dimension biodiversité dans le développement de ses infrastructures industrielles », explique Philippe Bardin.
Plus encore, l’inventaire permet de repérer les espaces sous les lignes pouvant servir de corridors écologiques. « En amont, la démarche du Conservatoire botanique consiste à identifier les zones de biodiversité en Ile-de-France. Puis, nous cherchons à savoir s’il existe des lieux de passage entre ces différentes zones. Ceux-ci sont indispensables pour permettre aux espèces de se mouvoir et de se développer. C’est eux qui constituent des corridors écologiques ».
Le Conservatoire botanique s’appuie sur les résultats de l’inventaire pour évaluer le rôle des espaces sous les lignes dans l’écosystème. Philippe Bardin nous donne dores et déjà un exemple : « des zones prairiales sous les lignes (pelouses, mares, prairies…) abritent de nombreuses espèces végétales. Ces terrains peuvent servir de corridors écologiques entre d’autres réservoirs de biodiversité prairiale ».
Par ailleurs, des terres sous les lignes présentent un potentiel de biodiversité. Il s’agit alors de préciser les espèces qui doivent être protégées. Il faut aussi mettre en place les méthodes appropriées pour entretenir les lieux. Ainsi, ces espaces sous les lignes peuvent également devenir des “ trames vertes ou bleues ”, c’est-à-dire ces lieux de passage, terrestres ou aquatiques, entre deux zones de biodiversité ».
Véritablement, l’inventaire mené sous les lignes relève d’une approche novatrice. « Les études botaniques sous les lignes sont récentes. Elles permettent une prospection exhaustive et ciblée de ces milieux. Et par leur envergure, à l’échelle de la région, elles enrichissent la réflexion sur la faune et la flore, en vue de mieux les préserver. C’est un regard nouveau porté sur la biodiversité et sur ces autoroutes végétales », conclut Philippe Bardin.
En savoir plus sur l’inventaire sous les lignes :
En savoir plus sur la biodiversité :
- Le Conservatoire botanique du MNHN
- Le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN)
- Jean-Marie Pelt : « la biodiversité aujourd’hui, vers un changement de mentalité »
- Sous les lignes, des richesses végétales insoupçonnées
- La Charte régionale de la biodiversité, entre RTE et Région Ile-de-France – fév. 09
- RTE protège et développe la biodiversité à proximité des lignes électriques
Photos : 1. Utricularia australis (Utriculaire citrine, espèce protégée des mares) 2. Aceras antropophoras (Orchis homme-pendu).



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Bonjour Julie.
Suite a` cet article, j`aimerai tout juste poser une question: Les lignes électriques auraient-elles une influence sur la flore les environnant? Si tel est le cas, j`aimerai bien savoir comment.
Ici au Cameroun, les emprises ne sont pas du tout dégagées sous les lignes, et la végétation autour de ces dernières ne nous intéresse guère… sauf lorsqu`elle est a` l`origine de court-circuits.
Jean-Paul.
[Répondre]
Bonjour,
Ces dernières années, les recherches ont permis de repérer de nouvelles opportunités pour la biodiversité dans les espaces sous les lignes notamment. L’inventaire botanique sous les lignes en Ile-de-France donne quelques exemples d’espèces, pour lesquelles les espaces sous les lignes constituent des lieux de vie. Désormais, les experts continuent leurs observations et analysent les conditions d’une gestion différenciée de ces espaces, afin de préserver et de développer la faune et la flore ainsi que les milieux naturels qui les abritent.
Vous pouvez lire les billets sur le blog qui abordent cette thématique :
La biodiversité aujourd’hui : vers un changement de mentalité
Trames vertes et bleues pour protéger la biodiversité
Les couloirs sous les lignes : opportunité pour la biodiversité selon le MNHN
Des fleurs sous les lignes : les préserver et les faire grandir
A suivre…
Julie