Le sous-sol du Santerre radiographié… où pourrait donc s’installer la nouvelle liaison souterraine HT ?

Invité : Camille Herbez Directeur de projets chez RTE

Si le plateau du Santerre (département de la Somme) est réputé pour ses terres fertiles, il l’est aussi pour son sous-sol riche en histoire et en risques. Il n’est pas rare d’y détecter des cavités profondes, ou des vestiges archéologiques et de guerre. Avant d’installer une liaison 63 000 vols dans ce décor souterrain, une véritable radiographie du sous-sol s’impose… Zoom sur une prospection géophysique de pointe au service d’un projet haute tension. Une première !

Santerre pour sana terra : terre saine et fertile, ou terre de sang… en souvenir des nombreux combats qui s’y sont déroulés. L’étymologie en dit long sur le plateau du Santerre. Et son sous-sol aussi. Ces terres agricoles picardes recèlent des vestiges archéologiques romains, médiévaux… et du matériel de guerre enfoui. Par ailleurs, le sous-sol du Santerre révèle de réels risques, liés à sa structure « gruyère » (cavités naturelles). En particulier lors de précipitations importantes, le plateau picard subit des mouvements de terrain, des effondrements1.

Voilà un décor souterrain riche en souvenirs et en « pièges invisibles »… Or d’après la concertation du projet menée avec les acteurs locaux, c’est là que passeront les ¾ de la future liaison souterraine à haute tension qui mesurera 26 km au total. Celle-ci reliera les postes de transformation de Pertain et Hargicourt pour renforcer l’alimentation électrique du Sud Est de la Somme…

Ainsi, pour protéger les ressources comme pour maîtriser les risques, les experts du réseau de transport d’électricité ont organisé la radiographie du sous-sol. Ce « géo-référencement » aidera à définir le tracé précis de la liaison souterraine HT.

C’est ainsi qu’une machine de pointe a balayé le plateau du Santerre sur 21 km pendant 3 mois. Ce « radar monté sur 4 roues » a ausculté le sous-sol pour en produire une véritable cartographie, jusqu’à environ 6 mètres de profondeur. Ce n’était pas un tracteur ordinaire donc… mais un véritable véhicule tout terrain, léger, doté de capteurs sensibles aux ondes électromagnétiques, magnétiques et électriques. Cet outil puissant a évité de creuser des trous pour mettre au jour les structures du sous-sol, il n’a provoqué aucun impact sur le sol et son environnement !

Les résultats, en cours d’analyse, n’en sont pas moins précis… Un atout précieux pour optimiser le tracé de la liaison souterraine électrique.

Et disons-le : l’utilisation d’une telle technologie de pointe dans le cadre de projets souterrains à haute tension est une première !

En outre, les services régionaux de l’Etat et la Chambre d’Agriculture locale 2 ont, plus largement, manifesté leur intérêt pour cette imagerie du sous-sol. Elle les aidera à mener leurs propres projets locaux.

Engin de mesure de la résistivité électrique des sols – Système ARP multiprofondeurs – Geocarta

Pour les plus curieux : la prospection géophysique en détail…

  • Les capteurs électriques envoient du courant dans le sol et mesurent le retour de charge. Ils vont jusqu’à 6 mètres de profondeur et donnent une idée de la nature du sol : poreux ou non poreux par exemple.
  • Les capteurs magnétiques mesurent le champ magnétique naturel du sol via les perturbations renvoyées par le sol. Par exemple si le champ magnétique est perturbé, on saura qu’il y a quelque chose d’enterré à cet endroit (un obus de guerre, un vestige archéologique…). Il n’y a pas de limite de profondeur pour ce type d’ondes.
  • Les capteurs électromagnétiques envoient des ondes électromagnétiques dans le sol pour observer les variations produites. Cela permet de repérer les endroits où se trouve un obstacle ou un vide.

Pour obtenir la représentation du sous-sol la plus précise possible, chacune de ces techniques a été utilisée une à une, et les résultats recueillis ont été combinés entre eux. Ils sont actuellement en cours d‘analyse.

En savoir plus :

1. Le Plateau du Santerre fait l’objet d’un Plan de Prévention des risques naturels depuis 2005

2. DDTM : Direction départementale des territoires et de la mer. DRAC : Direction régionale des affaires culturelles. DREAL : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

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2 commentaires pour “Le sous-sol du Santerre radiographié… où pourrait donc s’installer la nouvelle liaison souterraine HT ?”

  1. Pourquoi du 63 kV et non du 90 kV qui donnerait une capacité de transport à venir plus importante en évitant de passer un nouveau câble?

    [Répondre]

    Bonjour FLUCHER,
    En fait, la liaison souterraine qui va être mise en service, aura bien une capacité d’exploitation de 90 000 volts.
    63 000 volts est la tension d’exploitation disponible aux postes de Pertain et d’Hargicourt, auxquels la future ligne souterraine sera raccordée.
    En cas de besoin, c’est donc au niveau des postes de transformation qu’il faudra augmenter la tension d’exploitation. La liaison souterraine, elle, sera en mesure de la supporter.

    @ bientôt
    Julie

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