« Super Grids » en 2050 ? Des défis technologiques à l’échelle de l’Europe

Lutter contre le changement climatique avec une économie à bas contenu carbone. Cet objectif de la politique européenne se traduit, dans le secteur électrique, par plus d’énergies renouvelables dans le mix de production, et par un « grand réseau de transport » pour acheminer l’électricité dans toute la plaque continentale. On parle ainsi de « Super Grids » à horizon 2050. Qu’en est-il exactement ? Quels sont les défis technologiques des réseaux de transport pour répondre aux objectifs européens ?
L’énergie éolienne plutôt au Nord, l’énergie solaire plutôt au Sud, la biomasse au centre de l’Europe et les énergies marines dans la partie Ouest. La cartographie des sources d’énergies renouvelables redessine l’avenir des réseaux de transport d’électricité en Europe. Si on veut utiliser à tout instant ces nouvelles énergies, le réseau de transport électrique va devoir s’adapter pour les acheminer… là où l’activité humaine et économique en a besoin, dans toute l’Europe. Et ce, en maintenant la sécurité de l’alimentation électrique de millions de citoyens européens. Voilà le défi des Super Grids à horizon 2050.
Le saviez-vous ? C’est la politique énergétique européenne qui guide cette évolution. Objectif : d’ici à 2050, réduire de 80 à 95% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Pour cela, la feuille de route européenne du 8 mars 2011 privilégie l’utilisation des nouvelles énergies à l’échelle du continent, avec pour obligation de maintenir la sécurité d’approvisionnement.
En matière de réseau, cela veut dire :
• La conception d’un réseau off-shore
Le point de départ des Super Grids, c’est le développement de l’éolien en Mer du Nord. Perspectives pour 2030 : 80 000 Mégawatts produits… cela nécessite de construire des câbles sous-marins à haute tension pour évacuer cette énergie vers le continent. Pour cela, plusieurs options possibles. Actuellement, chaque parc éolien est raccordé à la terre. Mais à l’avenir, on pourrait évoluer vers un véritable réseau, plus efficace. Il sera constitué de liaisons, qui relieraient entre elles différentes plateformes en mer et qui les connecteraient à la terre. Celles-ci serviraient ainsi d’interconnexion entre les différents pays qui bordent la Mer du Nord. Elles permettraient de collecter l’énergie éolienne et plus globalement, d’augmenter les échanges d’électricité.
Ainsi, progressivement, les nouveaux sites éoliens offshores devront être raccordés au réseau terrestre existant, selon un schéma de développement réseau optimisé entre les différents pays.
• Le renforcement des réseaux terrestres
Sur le continent, les « Super Grids » ne représentent pas un tout nouveau réseau, construit ex-nihilo. Il s’agira plutôt de renforcer ou de compléter le réseau existant. Celui-ci devra accueillir les énergies renouvelables, et les transporter sur de longues distances à travers la plaque continentale européenne (sans pertes importantes d’énergie).
Techniquement, le projet des Super Grids représentent un véritable défi !
La technologie du courant continu s’impose aujourd’hui comme la plus adaptée, pour transporter l’électricité sur terre et en mer, sur des distances supérieures à 500 km. Un précurseur des Super Grids, pourrait-on dire, c’est l’interconnexion France-Espagne, liaison souterraine THT en courant continu. Ce projet préfigure la création d’un réseau mixte, dans lequel les lignes en courant alternatif et continu cohabiteront.
Mais ce n’est pas tout. Certains éléments essentiels industriels restent à mettre au point, comme les disjoncteurs pour les réseaux à courant continu.
Il va falloir aussi standardiser les équipements si on veut que tous les réseaux des pays puissent se connecter entre eux. Standardiser les niveaux de tension des liaisons à courant continu, les capacités des lignes et des convertisseurs par exemple.
Autre axe de développement technologique : les systèmes de commande d’un réseau mixte alternatif/continu, donnent lieu actuellement à d’importantes recherches. Les consignes des liaisons à courant continu, données en différents noeuds du réseau européen, devront être claires et cohérentes. Au cours des prochaines années, les gestionnaires de réseau vont devoir réinventer les lois de réglage, les modalités de contrôle /commande, les règles de coordination pour exploiter de façon optimale ce réseau, constitué de liaisons à courant continu et alternatif.
En savoir plus :
- Pourquoi transporter l’électricité en courant continu plutôt qu’en courant alternatif
- France-Espagne : une liaison souterraine haute tension un peu hors norme
- France-Espagne : nouvelles interconnexion électrique, quelles perspectives en Europe ?
- Off-shore en essor… mais comment relier les éoliennes en mer au réseau terrestre ?
- Souterrain et sous-marin : deux défis technologiques pour le réseau de transport d’électricité
Photos : © RTE/SARGOS Alexandre/ GUERRIN Olivier/CHEVREAU François






Chargement








Pourquoi toujours raisonner en grands systèmes concentres quand on parle production d’énergie ?
Par nature, les Energies solaires éoliennes et marines sont décentralisées et diffuses.
Fabriquer de gigantesques centrales solaires en Afrique et des champs d’eoliennes en mer du Nord est un raisonnement d’enarques ou polytechniciens.
Il faut encourager la production raisonnable locale et décentralisée.
Les smart grids qu’il nous faut sont ceux pour mieux partager localement.
[Répondre]
Bonjour Jac,
En effet les smart grids sont en plein développement. Ils font l’objet de différents projets et expérimentations, comme par exemple dans le sud de la France à Lambesc.
dites-nous ce que vous en pensez !
Julie
Bonjour, il y a 10 ans on m’a parlé d’une date (2015?) de démentellement d’un pylône haute tension en plein milieu d’un de mes terrains constructibles. Comment et ou puis je vérifié si cette date est toujours d’actualité ?
Merci beaucoup,
Patrick
[Répondre]
Bonjour Patrick,
Merci pour votre question, nous identifions la ligne concernée et nous vous mettons en relation avec nos experts sur le terrain.
à bientôt sur le blog !
Julie
Bonjour Jac.
Il semble que tu fasse un malentendu sur “les énergie … décentralisées et diffuses”, ce sont précisément celle-ci qui nécessite des “grands systèmes concentrés”, surtout quand elle sont intermittentes.
Au contraire les productions des centrales classiques (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, hydraulique de barrage, …) peuvent se contenter de réseau locaux. Si elles sont reliées en grand réseaux c’est pour augmenter la sécurité d’approvisionnement et réduire les capacités installées (par exemple 30 GW au lieu de 4 x 10 GW).
“Fabriquer de gigantesques centrales solaires en Afrique et des champs d’éoliennes en mer du Nord est un raisonnement d’énarques ou polytechniciens.”
Cela ressemble plutôt a un raisonnement de bon sens. Installer des éoliennes là où il y a du vent et des centrales solaires où il y le plus le soleil ne semble pas illogique. Un panneaux solaire coûte le même prix en Afrique du Nord ou au delà du cercle polaire et donc une meilleur productivité se traduira par une baisse du prix du kWh. De plus le projet DESERTEC (solaire en Afrique du Nord) est soutenu par des industrielles allemand qui sont loin d’être des “énarques ou polytechniciens.”
Malheureusement les pseudo-écologistes qui à la fois soutiennent les EnR et ne veulent pas de ligne à HT se trouvent dans des contradictions intellectuelles sur le plan de la physique et de la technologie (présente et futur proche). Ce qui rend leurs discours non crédible.
Jean
[Répondre]